La plume et l’architecte

Si Jean de la Fontaine avait écrit une fable sur notre métier, peut-être aurait-il pu établir un parallèle entre nos missions et celles des architectes : concevoir et construire – pour notre part, des stratégies de communication et des messages – en convoquant l’imaginaire, entre impératifs financiers et techniques, besoins concrets et souffle esthétique. En prenant pour thème « La com à tous les étages », la 34e édition du forum Cap’Com, qui s’est tenue à Strasbourg du 15 au 17 novembre, faisait la part belle aux analogies entre communication publique et urbanisme ou design d’espaces. 

Ces trois jours d’échanges entre professionnels de la communication publique furent ainsi l’occasion d’aborder le rapport entre territoires ruraux et métropolitains à travers les mobilités, le désir de vivre-ensemble, les transitions urbaines, tant sur le fond que sur la forme, par la mise en mots et la traduction de ces enjeux.

Les Français et la confiance dans la communication locale

Une des premières conférences s’appuyait sur la présentation de la nouvelle édition du Baromètre de la communication locale, menée par Epiceum et Harris interactive, qui décrypte les nouveaux enjeux nationaux auxquels font face les collectivités locales dans leur communication institutionnelle : la transition écologique, la demande croissante de participation citoyenne ou la difficulté à toucher certains publics – plus jeunes ou défiants vis-à-vis de la parole publique par exemple. 

Dans un contexte où les transitions à mener sont nombreuses et essentielles, la fonction prescriptive de la communication publique est essentielle. 

Cette étude témoigne en effet d’une confiance accrue des Français dans l’information émanant d’institutions proches d’eux : 66 % jugent crédible celle donnée par leur mairie contre 25 % pour celle émanant de l’État et des institutions publiques. Le sociologue Erwan Lecoeur, participant à la discussion, y voyait une confirmation de la « règle de proximité » : chacun aime et se sent impliqué dans ce qui le concerne et lui semble proche, tandis que le débat national parait plus lointain, voire abscon, en dissonance avec les priorités locales et quotidiennes. 

69% des Français affirment que la communication publique les amène à modifier certains de leurs comportements

Baromètre de la communication locale, Epiceum et Harris Intercative, 2022

On peut y ajouter une « règle du médiatique », selon laquelle les Français ont de plus en plus tendance à faire davantage confiance à ce qui est moins médiatisé. Dès lors, la parole directe est valorisée par rapport à la parole indirecte, médiatisée. Les collectivités ont donc une responsabilité d’autant plus grande que leur discours est pris au sérieux par les citoyens.

« La parole est moitié à celui qui parle, et moitié à celui qui l’écoute » – Montaigne

Ce sont aussi des conversations qui ont eu lieu lors de l’atelier sur la mise en récit de la ville en transition. L’idée défendue par les intervenants était que le récit, par la projection dans l’avenir, permet justement d’éviter l’anxiété paralysante au profit du passage à l’action. 

Comme l’architecte qui ne saurait construire sans penser aux attentes et aux usages, le communicant doit bien comprendre ce que recherche son audience, non seulement pour concevoir son message, mais également pour adapter son format de diffusion.

Notre pensée ne s’élabore et ne se développe pas de la même manière que nous la couchions sur papier, sur écran numérique ou que nous la gardions dans notre tête. De la même manière, nous percevons différemment l’information et ne lui accordons pas le même crédit selon que nous la consultions en version imprimée ou numérique.

C’est l’enjeu de la littératie, abordé lors du forum avec une intervention de Gaëlle Manson-Couëdel, spécialiste de littératie en santé. Cette démarche pédagogique vise à partir des représentations et des connaissances des individus pour les valoriser, avant d’accompagner chacun vers l’appropriation des informations et des messages en créant les conditions du dialogue et de la transmission des ressources et compétences.

Les collectivités ne s’y trompent pas et font évoluer leur communication print en conséquence. Parmi les illustrations présentées, la métropole de Nantes ou la ville de St-Genis-Laval consacrent beaucoup de place dans leurs magazines locaux à la transparence, en répondant directement aux inquiétudes voire aux invectives exprimées par les habitants. De son côté, la ville de Saint-Denis a adopté les codes de la presse dans son journal quinzomadaire au point d’être souvent le seul outil d’information pour les habitants qui se détournent parfois des médias traditionnels mais font confiance au journal de leur ville.

Histoire de lieux

Les espaces et les lieux influencent notre réflexion, la conditionnent, la facilitent ou au contraire la compliquent. En mettant à l’honneur l’accessibilité dans toutes ses dimensions, la littératie passe donc aussi par le design d’espaces adaptés à tous, favorisant l’accès à l’information, propices au dialogue, permettant ainsi de créer du lien et de l’échange dans un environnement de confiance et de sérénité. 

“I don’t think that architecture is only about shelter, is only about a very simple enclosure. It should be able to excite you, to calm you, to make you think.”

Zaha HADID

Tantôt les lieux nous aident à la concentration ou à la contemplation – bibliothèques, musées, bord de mer… – tantôt ils nous poussent au contraire à redoubler d’efforts pour penser et sont davantage propices aux échanges et à la confrontation d’idées – les cafés, les transports en commun, etc. Lors de la conférence inaugurale, Cynthia Fleury réclamait d’ailleurs que cesse le recours systématique à la musique dans les cafés, pour y retrouver la possibilité de débattre.

Michael Labbé, un des participants à la discussion sur la mise en récit de la ville en transition, a également abordé la philosophie des espaces et souligné ce que les lieux disent et symbolisent par eux-mêmes, dans leur conception, dans leurs usages mais aussi sur ce qu’on peut leur faire dire, car les choix techniques et esthétiques ont des implications sur nos vies quotidiennes. 

Depuis un an, chez Calligramme, nous avons beaucoup abordé les sujets de mobilité et de liens entre territoires. j’ai donc assez naturellement choisi comme visite de terrain l’étude du retour d’une ligne de train à Saint-Dié-des-Vosges, essentielle pour (re)connecter des territoires ruraux aux centres urbains et métropoles. Nous y avons échangé sur l’articulation entre un projet de territoire structurant et la communication faite autour, pour que les habitants se réapproprient la ligne ensuite.

Nous sommes en plein dans le récit de territoire !