UN MOT DANS L’ACTU #1 : GRATUIT?

Promis aujourd’hui on ne vous parle pas char à voile.

On voudrait quand même vous parler de transports, et de leur prix, autour d’un mot : « gratuit ».

L’idée de la #gratuité – ou la quasi-gratuité – des transports, fait son grand retour dans le débat, au cœur des sujets d’énergie, de pouvoir d’achat et de transition écologique. Chacun ayant généralement un avis bien tranché sur la question, on s’est dit qu’un regard sur ce qui se faisait ailleurs pouvait avoir du sens. 

– En Allemagne, l’expérimentation d’un abonnement mensuel à 9€ pourrait être pérennisée. La question de son bilan carbone a été largement discutée sur LinkedIn (peut-on vraiment parler de 1,8 million de tonnes de CO2 économisées ?), mais ses effets sociaux et environnementaux restent impressionnants comme nous l’explique cet article des Echos sur le sujet.

– En Autriche, le « klimaticket » semble également avoir convaincu puisqu’il permet aux usagers d’avoir accès à l’ensemble des transports en commun du pays en payant 1095€ par an (soit deux fois moins que le budget annuel moyen de transport par habitant en France) :

– Du côté de l’Espagne le gouvernement propose un pass ferroviaire gratuit pour les déplacements du quotidien depuis ce 1er septembre, dans le cadre du plan anticrise mis en place pour lutter contre la flambée des prix de l’énergie : Pouvoir d’achat : quatre mois de train gratuits offerts aux Espagnols.

– Plus ambitieux encore, le Luxembourg devient le premier pays à introduire la gratuité des transports publics dans tout le pays, pour l’ensemble des citoyens, ainsi que pour les touristes. Ce qui permet de s’interroger sur ce que veut dire la « gratuité » d’un service public -en fait, sa socialisation par l’impôt- et donc la « justice » de ne le faire payer que par certains, qu’ils l’utilisent ou non. 

Quelles sont réellement les effets sur l’empreinte carbone, la pollution et la préservation de l’environnement ? L’argument financier suffit-il à transformer les habitudes de mobilité dans des territoires pensés pour l’automobile individuelle ? Si le coût ne repose plus sur les usagers des transports, qui l’assume ? Comment assurer une offre de mobilité suffisante et de qualité si la gratuité vient à augmenter la fréquentation des transports en commun ? … Autant de questions qui interrogent bien plus que le choix individuel de son mode de transport. 

Pendant ce temps, en France, les expérimentations se cantonnent à l’échelle locale. Dunkerque, Calais, Niort ou Aubagne font partie de la trentaine de villes ayant opté pour une gratuité totale des transports (d’après le recensement effectué en 2019 par l’Observatoire des villes du transport gratuit). D’autres villes, comme Paris, Montpellier ou Lille, ont opté pour une gratuité pour certains usagers. Enfin, quelques villes comme Rouen ou Nantes proposent la gratuité certains jours de la semaine. Des expérimentations dont le retour en arrière semble improbable, tant elles se révéleraient impopulaires auprès des premiers concernés. ( détail des villes concernées par la gratuité des transports en France)

Dans « Le tour de la mobilité durable en 80 mots… », publié par le Gart en 2021, il n’y a pas d’entrée « gratuite » . Ce n’est pas un oubli, mais un choix. Le sujet est traité sous deux autres entrées –« solidarité » et « tarification »– sous lesquelles Hélène Geoffroy et Fréderic Héran nous donnent des éléments de réponse : 

« Aujourd’hui l’accroissement de la fracture territoriale et l’intensification des tensions entre les habitants qui bénéficient d’un cadre de vie agréable et pratique et les habitants qui cumulent contraintes et obstacles dans leur mobilité quotidienne, nous obligent à considérer que les politiques solidaires en matière de transport ne peuvent être de seules adaptations tarifaires. Il est effectivement temps d’aborder la problématique dans sa globalité en mettant en cohérence politique de la ville, emploi, éducation, sécurité, accès aux services publics, urbanisme, mobilité et développement économique » 

Hélène Geoffroy, Vice-présidente de l’association des Maires Ville et Banlieue de France, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la VILLE (2016-2017)

« En réalité, les captifs du transport public – et ils sont souvent majoritaires parmi l’ensemble des voyageurs – sont peu sensibles à son coût, mais beaucoup plus à la qualité de service : vitesse commerciale, fréquence, amplitude horaire, confort.  C’est ce que prouvent nombre de collectivités qui sont parvenues à augmenter l’usage des transports publics en dynamisant le réseau et en donnant la priorité aux bus dans la circulation (BHNS…) `, sans gratuité tout en accordant des tarifs sociaux dépendant parfois du quotient familial et une tarification intégrée facilitant l’intermodalité. » 

Frédéric Héran, Économiste des transports et Urbaniste à l’Université de Lille, maître de conférence à l’Université de Lille

Gratuit ou non, ce qui rend un service adapté et accessible, c’est d’abord les investissements qu’on y consacre.

#transports #mobilités #gratuité