Les 7 textes de Benoît

Ce n’est pas toujours celui qui a l’idée de faire quelquechose qui la réalise en premier. La preuve avec cet autoportrait, qui vient après quelques autres, car son auteur a mis un peu de temps à la concrétiser.

Les Equinoxes, Cyril Pedrosa

Les Equinoxes, c’est l’histoire de personnes qui se croisent sans vraiment se rencontrer, du moins au début, toutes à des moments charnières de leur vie, au grè des 4 saisons : deux ados qui se découvrent, une toute neuve ministre de l’environnement, deux frères qui se retrouvent, un vieux militant qui se préparent à mourir, en ayant déjà enterré ses dernières illusions.

Cyril Pedrosa dessine chacune de ces saisons avec une palette différente. Il y croise 4 autres fils rouges, trésors de poésie et d’humanité : un petit homme préhistorique, dont l’errance solitaire finit par laisser une trace (no spoiler) ; une photographe qui capte les doutes de chacun des personnages ; en écho de chacune de ces « photos » -à peine esquissées- un beau texte sur les pensées intérieures de chacun ; enfin, un tableau, apperçu, oublié, puis retrouvé.

Celui qui en parle le mieux, ça reste son auteur.

Il y a a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours

Il y a l’amour qui m’entraîne avec douceur

Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitraillette sur son dos

Il y a des hommes dans le monde qui n’ont jamais été à la guerre

Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les campagnes occidentales

Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent s’ils les reverront

Car on a poussé très loin durant cette guerre l’art de l’invisibilité

Il y a, Guillaume Apollinaire

Pas besoin d’aller beaucoup plus loin pour comprendre pourquoi ma boîte s’appelle Calligramme. Et pourquoi j’aimais les anaphores avant que François Hollande n’en fasse une tarte à la crème.

Après l’anaphore, l’anadiplose. Demain, c’est loin, d’IAM : un texte de 9 minutes, en clôture de l’album de mes 15 ans, qui a pris moins de rides que moi. Avec Oxmo Puccino et Arsenik, mes vrais profs d’écriture.

La double absence, c’est mon livre fétiche de mes années étudiantes, celui qui m’a fait penser un temps à une vocation de chercheur. Et Abdelmalek Sayad a probablement trouvé le plus beau des titres possibles.

Hard times in the city
In a hard town by the sea
Ain’t nowhere to run to
There ain’t nothin’ here for free »

Baltimore, Nina Simone

C’est l’histoire d’une mouette qui cherche l’océan, d’une ville qui meurt sans que ses habitants ne sachent pourquoi.

Il paraît que Nina Simone a détesté faire cet album de commande. Le texte n’est pas d’elle, il n’y a pas une note de piano, juste sa voix triste et puissante. C’est pourtant celle qui me touche le plus, dans une œuvre musicale qui me berce depuis plus de 20 ans.

Peut-être parce que j’y entends un écho (et je ne suis probablement pas le seul) d’une autres de mes sept (ou presque) merveilles,  « The Wire », œuvre bien plus personnelle, dans laquelle ambition analytique, puissance narrative et liberté artistique sont à leur summum. Ce n’est pas forcément la manière dont j’ai expliqué les échecs à mon fils, mais je ne peux que m’incliner face à la métaphore filé

Le flâneur est subversif. Il subvertit la foule, la marchandise et la ville, ainsi que leurs valeurs. Le marcheur des grands espaces, le randonneur avec son sac à dos oppose à la civilisation l’éclat d’une négation. L’acte de marcher du flâneur est plus ambigu, sa résistance à la modernité ambivalente. La subversion, ce n’est pas de s’opposer, mais de ocntourner, détourner, exagérer jusqu’à altérer, accepter jusqu’à dépasser.

Marcher, une philosophie. Frédéric Gros.

Il y a des livres qu’on lit une fois, et qu’on oublie très vite.

Il y a des livres qu’on lit une fois, et qu’on n’oublie jamais.

Il y a des livres qu’on lit (en) plusieurs fois, et dont on ne se lasse jamais.

Il y a des gens qui ont besoin d’être au chaud chez eux pour écrire.

Il y a des gens qui ont besoin de marcher pour structurer leur pensée.

Il y a parmi les cinq phrases précédentes deux dans lesquelles je me reconnais particulièrement.

Car Frédéric Gros a poussé très loin dans ce livre l’art de révéler l’universel dans des cheminements singuliers.